Résumés | Abstracts

Emma Abate | Chameaux, oiseaux, scorpions et autres démons: la tradition juive entre magie et halakha

Sydney Aufrère | Génies léonins égyptiens à appendice caudal serpentiforme

Anna Caiozzo | L’animal en magie, imaginaire et représentations médiévales

Marion Charpier | Le basilic au Moyen-âge

Jean-Charles Coulon | Le sang, la cervelle et l’urine : l’usage des substances animales dans la magie islamique médiévale

Magali de Haro Sanchez | Animal et magie : le cas des équidés dans l’Égypte gréco-romaine et byzantine

Nicla De Zorzi | Of raving dogs, promiscuous pigs and feisty foxes: observations on Mesopotamian animal omens

Korshi Dosoo | Living death and deading life: Animal mummies in Graeco-Egyptian Ritual

Christopher A. Faraone | Mammals, Birds and Lizards as Effigies in Ancient Greek Cursing Rituals

Patricia Gaillard-Seux | Les remèdes tirés des animaux entre médecine et magie (Ier-VIe siècles)

Thomas Galoppin | Le merveilleux animal : « magie » entre nature et rituels à l’époque romaine

Valérie Gitton-Ripoll | Les mots magiques murmurés à l’oreille du cheval: soigner les animaux par les incantations dans l’Antiquité romaine

Pierre Lory | Animaux et démons selon les textes sacrés de l’islam

Edward O. D. Love | Distant Cousins or Direct Descendants? Case studies in the evolution of zoomorphic and composite figurae magicae from the  Demotic and Greek magical papyri of the Roman period to the Coptic magical texts of the Christian and Islamic periods in Egypt

Julie Masquelier-Loorius | Bestiaire et pouvoir. Les animaux au secours des hommes en danger en Égypte ancienne

Sophie Page | Animals, Demons and Magic in late Medieval Europe

Luigi Prada | Beyond the Magical Handbook: Animals in Magical and Divinatory Practices from Graeco-Roman Egypt as Attested in Demotic Textual Sources Other than the Papyri Demoticae Magicae

Frédéric Rouffet | Des animaux, des hommes et des dieux. Voyage dans le monde animal des textes magiques égyptiens

Valérie Schram | « Si tu prends la route de nuit… », nouveau regard sur les présages animaliers à partir d’un papyrus grec inédit


Chameaux, oiseaux, scorpions et autres démons: la tradition juive entre magie et halakha
Emma Abate
École Pratique des Hautes Études – Savoirs et pratiques du Moyen Âge au XIXe siècle

Ma contribution traite des motifs littéraires et rituels attachés aux représentations thériomorphes des démons dans la tradition juive.

Les témoignages qui font l’objet de mon étude se placent à mi-chemin entre religion et pratiques occultes et comprennent des formes de textualités différentes : amulettes, prières et rituels portant sur des performances apotropaïques, antidémoniaques et de magie astrale.

Toutefois, des représentations des anges et démons en forme d’animaux (Lilith en rapace, les anges Sanoi, Sansanoi et Semangelof en oiseaux, Samael en serpent ou chameau, ou encore des démons en boucs, scorpions, ou créatures hybrides mi-humaines et mi-bêtes, etc.) se trouvent également dans les littératures halakhique (juridique et normative) et exégétique outre que dans des lexiques et bestiaires médiévaux. Ces ouvrages thésaurisent et véhiculent l’imaginaire traditionnel et légendaire juif.

Des images anciennes des démons succubes et incubes sont visibles dans les coupes magiques babyloniennes juives (IVe-VIIe) et peuvent être comparées aux récits du Talmud et des midrashim.

Ces représentations se révèlent des points de repère essentiels dans le cadre de la tradition juive médiévale et sont dans certains cas parvenues à influencer les enluminures des manuscrits et l’art religieux médiéval et renaissant.

Quels sont les types d’échanges entre exégèse et magie juive dans l’iconographie thériomorphe des démons ?

La mise en valeur des classes, typologies et prérogatives des démons dans des rituels d’exorcisme nous va permettre d’établir une comparaison entre les images anciennes des personnages en question et leurs nombreuses transformations médiévales, et de mettre en lumière la fonction du thériomorphisme dans les pratiques occultes.


Génies léonins égyptiens à appendice caudal serpentiforme
Sydney Aufrère
UMR 6125-CNRS

Il n’est pas rare que les différentes extrémités des génies léonins, don’t l’iconographie est née ou s’est égyptianisée dans la vallée du Nil comme Tithoès ou Cerbère, soient mises à profit afin de renforcer leurs potentialités magiques défensives et offensives et garantir ces derniers sur leurs arrières. Si les pattes peuvent être pourvues de couteaux ou de serpents, la queue, qui semble acquérir son autonomie, est fréquemment identifiée à un serpent et, notamment en raison de la dimensions postulée de tels organes, à un Élapidé, et souvent à Naja haje (Linnaeus 1758), à la morsure mortelle.  Il s’agit probablement là de la réinterprétation du long ergot corné qui se dissimule dans le pinceau de poils de la queue des lions dont ceux-ci se battent les flancs pour lutter contre les mouches, mais qui a été réinterprété par Didyme d’Alexandrie comme un dard qui lui permettait de s’exciter et de se jeter contre ses ennemis. On voudrait vérifier à quel moment, comment et pourquoi est apparue cette iconographie ainsi que la manière dont les Anciens ont entendu cet organe serpentiforme qui apparaît, non seulement dans l’iconographie égypto-grecque mais aussi sur les papyrus égyptiens.


L’animal en magie, imaginaire et représentations médiévales.
Anna Caiozzo
Université Paris 7 Denis Diderot

Dans la magie d’inspiration orientale, l’animal joue un rôle particulier comme le montrent les coupes médicinales héritières des coupes araméennes où le dragon, le chien ou le scorpion sont figurés pour évoquer le soin ou la protection contre piqûres et morsures. Les célèbres heurtoirs d’Amida sont eux–aussi révélateurs du rôle apotropaïque jouée par les animaux dans la tradition des talismans du fameux Balīnūs.

Nous évoquerons dans une synthèse le cas de la miniature évoquant à la fois la grande tradition propre aux lapidaires anciens tels qu’ils sont intégrés désormais dans les corpus des cosmographies, puis l’animal acteur de la magie, avec l’exemple  très parlant des hybrides, l’hybridation étant en soi le propre des êtres intermédiaires prédisposés aux connaissances magiques, enfin, les animaux protecteurs des héros dans les corpus épiques, annonçant l’animal objet du miracle, propre aux vies des prophètes.


Le basilic au Moyen Âge
Marion Charpier
Centre de Recherches Historiques-EHESS

Le basilic est le roi des serpents. Son nom trouve son origine dans le terme grec basilikon, désignant le petit roi. Il tue d’un simple regard, sa morsure est sans remède, son souffle détruit les pierres. La persistance à l’époque médiévale de cet être redoutable connu depuis l’Antiquité va s’accompagne de transformations. De petit serpent, il devient être composite, et les légendes qui s’y attachent s’enrichissent. Textes et images sont les témoins de ces changements. Notre problématique sera donc de présenter l’évolution du basilic en rassemblant les éléments qui lui sont liés.


Le sang, la cervelle et l’urine : l’usage des substances animales dans la magie islamique médiévale
Jean-Charles Coulon
Institut de recherche et d’histoire des textes-CNRS

La sorcellerie est souvent associée dans l’imaginaire à l’emploi des substances animales apparemment les plus répugnantes (bave, urine, excréments…). Cette représentation est partiellement fondée : nombre de recettes magiques préconisent effectivement l’emploi de substances animales afin d’obtenir l’effet désiré par le magicien. Nous proposons donc de répertorier et d’analyser les substances animales utilisées dans les traités de magie du monde arabo-islamique médiéval.


Animal et magie : le cas des équidés dans l’Égypte gréco-romaine et byzantine
Magali de Haro Sanchez
Université de Liège

Afin de mieux comprendre la place réservée aux animaux dans les pratiques magiques en Égypte aux périodes gréco-romaine et byzantine, je propose une étude approfondie du cas des équidés, qu’ils aient été mentionnés comme victimes d’envoûtements, comme bénéficiaires potentiels de charmes de protection ou utilisés en guise d’ingrédients.

Bien que moins nombreuses qu’en d’autres contrées du pourtour méditerranéen, les défixions retrouvées en Égypte attestent des pratiques magiques agressives dirigées contre des chevaux, en particulier dans le cadre de courses de char. Pour remédier à ces envoûtements ou pour protéger ces animaux, il existait d’autres types de charmes – apotropaïques ou prophylactiques – dont on a retrouvé plusieurs exemplaires attestés sur papyrus. Enfin, certaines parties et sécrétions du cheval, de l’âne et, tout particulièrement, de la mule ont été exploitées dans des prescriptions iatromagiques.

Par l’analyse de ces écrits, et par la comparaison des résultats avec les données fournies par la littérature, le statut et le rôle des équidés en magie pourront être remis en contexte et discutés.


Of raving dogs, promiscuous pigs and feisty foxes: observations on Mesopotamian animal omens
Nicla De Zorzi
University of Vienna

The basic premise of ancient Mesopotamian divination consists in a vision of reality that is permeated by meaning which is not immediately evident but can be decoded since all physical phenomena are connected to the supernatural sphere. The assumption is that the gods communicate their intentions by means of ominous signs or respond to specific questions that are posed to them in specific circumstances and in a specific manner. Signs of the first category are observed on earth (e.g., in the behaviour of animals or humans) or in the heavens (i.e., in the movements of celestial bodies). Signs of the second category can be solicited by investigating the liver and the exta of a sacrificial animal and the patterns made by oil on water, rising smoke or scattered flour.

Divinatory compendia and series from the second and first millennium BC are our best source for understanding the basic rules and organizing principles that govern all areas of Mesopotamian divination. They are thematically structured collections of individual omens, each divided into two parts, an if-clause (protasis) and a main clause (apodosis). The ancient diviners generated them drawing on a more or less standardized set of organizational and hermeneutical rules supplemented by ad hoc manipulations. In this process, they focussed on selected sets of phenomena only, attributing ominous meaning to them by means of fairly conventional associative connections.

Mesopotamian diviners made ample recourse to the animal world which was for them an inexhaustible source of potential divine communications. In attributing ominous significance to animals and their behaviour, they employed a process of mapping of certain semantic properties onto their chosen animal signifiers. These properties can be very straightforward and potentially near-universal (the scorpion has a negative value, its only recognized behaviour is its stinging, the variable being the positioning / circumstance / manner of its sting) or fairly complex and culture-specific. As will be demonstrated in the paper through a number of case studies, an analysis of the associations and values attributed to certain domestic and wild animals opens a window into what might be called the deep structure of Mesopotamian mentalities. Animals being, as it were, co-opted into a system of human virtues and vices, the behaviour attributed to them in the divinatory compendia sheds light on Mesopotamian attitudes towards social, economic and gender relations.


Living death and deading life: Animal mummies in Graeco-Egyptian Ritual
Korshi Dosoo
Labex Resmed

Many of the practices attested in the corpus of Graeco-Egyptian magical papyri seem to be representative of ‘magical’ practice more broadly: they often display striking parallels with material found elsewhere in the Graeco-Roman world (the Latin west, the Aramaic-speaking Near East), and indeed with the tradition of ritual magic which is attested in medieval Greek, Arabic, and Latin codices. Yet important stress must also be placed on culturally specific ideas and practices, and among those found in Egyptian texts is the concept of the hesy, the “praised one”, a drowned individual who, by sharing the fate of the god Osiris, becomes a powerful divine being.

This idea, whether referred to by the Egyptian language term, or by Greek euphemisms such as “divinisation” (apotheōsis), appears in several Greek and Demotic texts from late Roman Egypt in which ritualists deliberately create these divine beings by drowning animals. Mummified, often cursorily, these beings are then invoked as deities, worn as phylacteries, or buried, while the materia used in their ‘creation’ may itself take on the divine qualities of the animal-spirit, the liquid in which they were drowned used as an ointment in other ritual procedures.

This paper will explore the background of this practice, tracing its origins to the animal cults of the Late Period, in which animals (ibises, cats, and others) were reared in the first “factory farms” and killed to produce votive mummies, through the practice of Hor of Sebennytus, an oracular priest who sought visions from the mummies and campaigned for the just treatment of their bodies. Drawing on James Stanescu’s concept of “deading life” (2013) – life whose purpose is death – I will explore the blurred lines between the categories human / animal / divine-being implicit in these ritual practices in which all three classes of being might equally be subject to violent rebirth.


Mammals, Birds and Lizards as Effigies in Ancient Greek Cursing Rituals
Christopher A. Faraone
University of Chicago

Ancient Greeks used a wide variety of effigies in their cursing rituals to bind, silence, enflame with passion or otherwise manipulate the bodies of their intended victims.  The extant material evidence, as we would expect, consists mainly of images made of durable media in clay and metal (usually lead or bronze) and in less durable media such as wax and dough.  Less known, however, is the Greek habit of using the bodies of animals in a similar manner as effigies for their intended victims, including larger domestic mammals — such as sheep or bulls — killed during public oath ceremonies as early as the archaic period, as well as much smaller birds, mammals and reptiles destroyed in rituals of interpersonal cursing.  In general the idea seems to have been that all of these animals, when stretched out on their bellies or backs generally have a shape similar to the human body, with a head (with at least eyes and mouth) on top, feet below and two side appendages – hooves, paws or wings — that approximate human arms.  To date scholars (myself included) have spent most of their energy studying the manufactured types of voodoo doll, which now number nearly a hundred and as such provide an excellent set of data, but in my presentation in June I turn my sights to animal effigies and asked how the use of animal flesh and bone, as opposed to metal or wax widens and complicates our understanding of these peculiar rituals.

Like the man-made types, the animal effigies create a generic model of the victim, rather than an exact portrait — a model in which gender of the victim is the most important distinguishing feature – and we find in some effigies a peculiar kind of metonymy, whereby binding the right side of the body is thought to bind the entire body.  Finding the requisite animal and manipulating its body was, however, presumably easier than creating an image from scratch, although their bodies were completely inadequate for the inscription of the victim’s names or the curses, an important part of the rituals in the Roman period.   The animals, moreover, are sometimes chosen for some special feature of their behavior that will be projected on to the victim: for example, the use of a lascivious bird in erotic curses or a bat in a curse to instill sleeplessness.  These effigies, finally, give us some insight into Greek perceptions of the animals deployed: I shall argue, for example, that birds are used in curses designed to attack the speech of the victim, because birds were thought to share (as we see in Aristophanes’ Birds, for example) the human capacity for speech.  Weak, new-born puppies, on the other hand were used in a persuasively analogical manner against the presumably robust bodies of charioteers.


Les remèdes tirés des animaux entre médecine et magie (Ier-VIe siècles)
Patricia Gaillard-Seux
Centre de Recherches Historiques de l’Ouest

Cette communication se propose d’examiner la place et la perception des remèdes tirés des animaux dans diverses sources où ils apparaissent, en premier lieu les écrits des médecins et les livres de pharmacopée, mais aussi les papyrus grecs magiques ou des textes influencés par la magie comme les Cyranides ou les lapidaires. Il s’agira de voir si certaines substances animales sont considérées comme typiquement magiques, notamment par les sources médicales ou pharmacologiques, et dans quelle mesure ou pourquoi elles sont admises (ou rejetées sans appel) par celles-ci. L’intérêt pourra se concentrer sur quelques exemples précis de substances ou d’animaux acceptés ou non.


Le merveilleux animal : « magie » entre nature et rituels à l’époque romaine
Thomas Galoppin
École Pratique des Hautes Études

En tenant compte des difficultés herméneutiques que soulève l’usage de la notion de « magie », l’étude des recettes, des images et des savoirs rattachés aux pratiques d’envoûtement ou de guérison de l’époque romaine (Ier-Ve siècles) permet d’apercevoir différentes modalités d’énonciation des propriétés des animaux à la fois dans un dialogue interculturel et dans un dialogue entre ritualisme et physiologie.

À travers l’analyse de quelques cas, je souhaite montrer l’importance des modalités d’énonciation du savoir rituel et leur implication dans la conceptualisation des pratiques. L’attention portée au merveilleux permet d’observer comment son traitement dans les textes construit ou non une notion de « magie ».

L’exemple de l’echeneis, un poisson évoqué par Pline l’Ancien et les Cyranides, témoigne d’abord du rôle fondamental de ce « merveilleux » dans la construction d’un savoir « magique ». Deux traitements de ce « merveilleux » doivent alors être confrontés. On posera ainsi d’un côté la question de la mythologie, de la « fable » étiologique ou performative qui, d’une part, alimente la pratique en pouvoir rituel, d’autre part, qualifie le rite ou le remède en tant que « magique ». D’un autre côté, une même merveille animale peut faire l’objet d’un traitement naturalisant, construisant un nouveau type de discours physiologique. Dans cette perspective, j’observerai l’usage de la notion d’antipathie en relation avec quelques animaux, en essayant de comprendre comment celle-ci peut remplacer la notion de « magie » et en questionnant ses relations avec le pouvoir rituel.

Les exemples qui seront proposés proviendront essentiellement de trois dossiers : Pline l’Ancien, les Cyranides et les gemmes « magiques ». Si les documents ont été examinés dans le cadre de ma recherche doctorale sur les Animaux et pouvoir rituel dans les pratiques « magiques » du monde romain, il s’agit pour moi de revenir sur des aspects de l’enquête qui nécessitent un approfondissement et une discussion.


Les mots magiques murmurés à l’oreille du cheval : soigner les animaux par les incantations dans l’Antiquité romaine
Valérie Gitton-Ripoll
Université de Toulouse 2

Bien que les traités hippiatriques latins et grecs revendiquent l’usage d’une médecine rationnelle, excluant les « incantations à la manière des petites vieilles » (praecantationes anicularum more Vég. I, 39, 2), des formules magiques apparaissent ça et là, parfois complètes, parfois mutilées. Le sens en est toujours difficile à restituer, non seulement à cause d’une éventuelle censure qui s’ajoute aux difficultés habituelles de transmission, mais parce qu’il peut s’agir aussi d’efesia grammata, des mots dont le pouvoir guérisseur est proportionnel à l’obscurité.

On trouve ces incantations destinées à soigner les chevaux dans des textes variés : Caton, Gargilius, Pélagonius, Chiron, Marcellus, et dans le manuscrit grec des Hippiatrica Lugdunensia. Nous les étudierons en nous replaçant dans la logique qui présidait à leur énonciation. À qui revenait de prononcer les paroles magiques ? Quel en était le destinataire : le cheval, à l’oreille duquel on la murmure, ou le dieu (Orcus, Sol…) qui y est invoqué ? Comment conjuguer la valeur performative de ces paroles et l’interdiction de prononcer certains mots ? Quelles maladies soignait-on par des incantations et comment étaient-elles supposées agir ? L’emploi de formules magiques suppose une conception archaïque de la maladie qui n’apparaît plus dans les textes médicaux destinés aux humains, mais que nous conservent sporadiquement ces textes vétérinaires restés proches de la tradition rustique.


Animaux et démons selon les textes sacrés de l’islam
Pierre Lory
École Pratique des Hautes Études

Le Coran ainsi que les recueils de hadiths mentionnent la participation effective des espèces animales au projet divin dans la création. Le combat cosmique entre les présences angéliques et les forces démoniaques traverse également le règne animal, qui apparaît comme inclus de quelque manière à l’intérieur ou en dépendance du règne humain. Ces conceptions se manifestent plus particulièrement dans les cosmologies de type mystique.


Distant Cousins or Direct Descendants? Case studies in the evolution of zoomorphic and composite figurae magicae from the Demotic and Greek magical papyri of the Roman period to the Coptic magical texts of the Christian and Islamic periods in Egypt
Edward O.D. Love
University of Heidelberg

Figurae magicae (magical images) constitute a host of zoomorphic, anthropomorphic, and composite divine and demonic beings who were depicted, invoked, and coerced in magical practices from the Pharaonic through Graeco-Roman and into the Coptic and Islamic periods in Egypt. Whether apparent representations of named deities, or of obscurer demons referred to by a vox magica (magical word), such magical figures are frequently seen as arcane visual complements to the magical texts into which they were embedded. Extant among spells of ‘master copy’ magical rolls/codices as well as on activated amulets, the named deity or demon is often referred to in the invocations and ritual instructions – allowing for an unambiguous identification of the catalyst or active agent who provides the spell’s efficacy.

However, the recent discovery of two previously unknown Coptic magical amulets in
Oxford, which – while being covered with figurae magicae, charaktēres (stylized signs
often derived from alphabetic graphemes), and voces magicae – do not contain any ‘readable’ text, demonstrates that the magical images must have contained an inherent or applied (e.g. through text-based ritual practices) ritual efficacy of their own. The questions: “who” these magical figures contemporaneously or originally depicted; “how/why” they were efficacious, as well as “from where” or “from which” tradition they ultimately stem, have led me to investigate case studies in the c.800 year-long transmission of figurae magicae: from the so-called Demotic and Greek magical papyri (PDM & PGM) of the Roman period to the succeeding tradition of Coptic magic, which stretched centuries beyond the Arab conquest of Egypt. While some aspects of the transmission of morphologies and contexts of certain figurae magicae between these corpora have been identified, cf. Grumach 1970, and a recent study has described a considerable number of Coptic figurae magicae in context, cf. Mößner & Nauerth 2015, no study has utilised the full complement of published and unpublished sources in order to treat the transmission and change over time of any given magical figure.

This paper, therefore, will present case study treatments – with an emphasis on the
diversely depicted Seth animal – of not only the changing morphology of these
zoomorphic and composite magical figures over time, but also the names and voces magicae attributed to these figures and the desired outcome of the spell which they accompany. These implications will not only provide inferences as to how the utilisation of descendants of certain magical figures evolved over time, but also how figurae magicae otherwise devoid of writing could have been inherently efficacious, or had efficacy applied to them. Following these considerations, implications will be discernible as to how the production of amulets which depicted, and practice of magical texts which invoked, such divine/demonic zoomorphs and composites could have been conceptualised by the practitioners and clients of magic – from the pluralistic, syncretism of the Graeco-Roman period to the staunchly monotheistic milieu of Islamic Egypt.

Grumach, I., 1970, “On the history of a Coptic figura magica”, in: D. H. Samuel (ed.), Proceedings of the Twelfth International Congress of Papyrology, 169-181.
Mößner, T., Nauerth, C., 2015, “Koptische Texte und ihre Bilder”, in: A. Jördens (ed.), Ägyptische Magie und ihre Umwelt, 302-373.


Bestiaire et pouvoir. Les animaux au secours des hommes en danger en Égypte ancienne
Julie Masquelier-Loorius
CNRS UMR 8167, Mondes pharaoniques

Les animaux, mentionnés dans les formules magiques, participent aux processus de protection et de guérison des hommes. Ce sont notamment des substances animales qui étaient employées dans la composition des remèdes (iatro)magiques. À l’exception des exemples se référant aux textes mythologiques, quels étaient les critères de sélection des ingrédients d’origine faunique dans ces recettes ? L’utilisation de substances animales était-elle liée à la symbolique de la bête vivante ? Ou le choix d’une catégorie d’animaux résultait-il de réminiscences de savoirs ancestraux et d’essais thérapeutiques anciens ? Cette communication tentera d’appréhender le rôle concret de l’animal ou des substances animales dans les pratiques médico-religieuses en Égypte ancienne.


Animals, Demons and Magic in late Medieval Europe
Sophie Page
University College London

In this paper I will explore the relationship between the laws of nature and supernatural forces in the ‎late medieval understanding of the cosmos by examining contexts in which animals appeared to medieval people to be ‎subject to supernatural forces (e.g. God, saints or demons) or to have supernatural powers. ‎I will investigate the link between strong negative symbolic associations (eg those attached to the cat, wolves and dragons), and the belief that certain animals could act as agents as well as symbols of good and evil. Finally I will present a typology of the uses of animals in medieval magic rituals, from ingredient and instrument to object of enchantment and active agent.


Beyond the Magical Handbook: Animals in Magical and Divinatory Practices from Graeco-Roman Egypt as Attested in Demotic Textual Sources Other than the Papyri Demoticae Magicae
Luigi Prada
University of Oxford
Most research on the role of animals in magical practices from Graeco-Roman Egypt is based on the wealth of evidence offered by the PGM and PDM corpora (Papyri Graecae/Demoticae Magicae), that is, from magical handbooks. Rich and unique as these sources are, they do not exhaust all the available ancient textual material on the topic.

Focusing on Demotic only, another significant and yet underexplored type of evidence are the handbooks for the interpretation of animal omens, on which the first part of this paper will focus. Their analysis, though primarily concerned with divinatory, rather than stricto sensu magical, practices, can help shed light on the involvement of animals in magic too––not least, owing to the often undefined boundaries between the two areas, as for instance shown by the occasional inclusion of magical spells within such divinatory manuals. Nor is the role played by animals in divination limited to zoomancy. Demotic oneiromancy too was heavily involved in the study of animals and in their behaviour – in this case, as experienced not in waking life, but in one’s sleep – and examples from Demotic oneirocritica will be here given and compared with the manuals for animal omens.

The second part of this paper will discuss another collateral source for the study of animals’ role in magic––Demotic narrative literature. A typical figure starring in this type of literary production is that of the priest or wise man experienced in magical arts––whose helpers can be, rather than fellow human beings, animals endowed with (or evoked by means of) magical powers. The case study used in this paper comes from a popular Demotic text, the so-called Petese Stories. Not only can such fictional texts reveal how the non-practitioners might have imagined the relationship between magic and animals; comparison of such narratives with proper magical texts can in fact illustrate how these literary creations might have appropriated features and topoi from actual magical sources.


Des animaux, des hommes et des dieux. Voyage dans le monde animal des textes magiques égyptiens
Frédéric Rouffet
Université de Montpellier

À travers l’exécution du rituel magique, l’officiant égyptien établit un lien entre le monde des dieux et celui des hommes. Destinée à « lutter contre un coup du sort », la magie est un moyen destiné à contrer un événement inattendu, dans la grande majorité des cas une maladie ou la piqûre d’un animal venimeux. Pour ce faire, le ritualiste récite une formule magique et établit une équivalence entre le monde-ci et le monde-autre à l’aide de références mythologiques – appelées historiolae. Il prépare également une prescription qualifiée de « médicale », laquelle fait souvent appel à une partie du corps d’un animal. Cette contribution a donc pour objectif de dresser la liste des ingrédients nécessaires au magicien égyptien et de les mettre en parallèle avec les récits mythologiques afin d’observer si certains ingrédients ont pu être employés pour leurs propriétés curatives uniquement ou bien si les vertus mythologiques qu’on leur attribuaient explique leur présence parmi les éléments de la médication.


« Si tu prends la route de nuit… », nouveau regard sur les présages animaliers à partir d’un papyrus grec inédit
Valérie Schram
École Pratique des Hautes Études

Si le Prométhée d’Eschyle, « l’inventeur de tous les arts » qui se vantait d’avoir fondé la science de la divination et d’en avoir livré les clés d’interprétation aux hommes, mentionne bien sûr l’oniromancie et l’oionoscopie parmi les différentes disciplines mantiques, il évoque également « les rencontres fortuites durant le voyage » (ἐνοδίους τε συμβόλους, v. 487). Ce dernier genre de divination, sporadiquement attesté dans la littérature, ne disposait jusque-là d’aucun texte technique permettant d’en confirmer la pratique réelle. Or le P.Sorb.inv.2352, papyrus grec provenant du Fayoum (Égypte) et datable du Ier s. ap. J.-C., contient sur une des deux colonnes de son recto une compilation de présages animaliers susceptibles de se présenter sur la route d’un voyageur. D’un point de vue formel, par sa structure en rubriques, la syntaxe du texte – description des signes en protase puis interprétation en apodose – et le lexique, il se rattache très clairement à la tradition technique des traités divinatoires. Mais par son contenu même, la diversité des animaux et des présages qui en sont tirés, le texte se révèle surprenant, car si l’observation des oiseaux se trouve déjà chez Homère, leur association à des quadrupèdes est tout à fait originale. Quant à la valeur des signes, tantôt simplement bons ou funestes, tantôt annonciateurs de beau temps, de tempête ou d’adultère, elle donne un indice des différentes influences qui sont à l’œuvre dans ce texte composite et le lient tant aux épigrammes de Posidippe, qu’à l’Onirocritique d’Artémidore ou encore aux observations naturalistes que l’on retrouve chez Elien. À vocation apparemment pratique, ce « vade-mecum » nous offre un regard sur les préoccupations d’un homme lettré que Théophraste aurait sans aucun doute qualifié de superstitieux, mais qui, à l’époque impériale, se positionne au sein d’une sphère culturelle où ce type de savoirs trouvait un regain d’intérêt.


 

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