Propos | About

version française
english version


Associer deux thèmes plutôt marginaux comme la magie et les animaux pourrait sembler à première vue en accroître la marginalisation, or le but de ce colloque est bien de démontrer que, dans ces marges essentielles, il est possible de trouver de nouvelles perspectives et de nouvelles interprétations des sociétés antiques et médiévales.

D’une part, sur les dernières décennies, on constate un intérêt croissant pour la magie et les questions connexes. Dans le cadre de l’étude de la magie dans le bassin méditerranéen antique, la publication des papyrus magiques grecs édités par Karl Preisendanz et ses collaborateurs (1928-1931) marquait incontestablement un tournant. Bien que son impact ait été immédiatement ressenti avec la multiplication d’importants travaux comme ceux de E.R.Dodds [1], A. Festugière [2] et d’autres qui ont pu utiliser ce matériel, on a pu assister ses trente dernières années à un regain d’intérêt, suscité pour une grande part par la publication de la traduction en anglais des papyrus sous la direction de Hans-Dieter Betz (1986). Depuis 1995, un colloque international majeur est organisé presque chaque année autour du thème de la magie antique, mettant ainsi en évidence la richesse et la pertinence du domaine des études magiques pour comprendre le rapport de l’Homme antique à la santé et à la maladie, aux autres et au surnaturel, à son propre futur, voire même au fonctionnement de l’univers. Les recherches récentes ont ouvert de nouvelles perspectives sur l’approche théorique de la relation entre religion, rituel et magie, la problématique des influences multiculturelles et la question de la transmission matérielle.

D’autre part, la question animale est récemment devenue un important sujet historique dans le cadre du « animal turn » qui s’est développé au sein de différentes disciplines. Cet intérêt a été suscité en majeure partie par Animal Liberation de Peter Singer (1975) et L’Animal que donc je suis (2006) de Jacques Derrida. Alors que ces travaux ont été menés en philosophie – le premier, en éthique, le second, en épistémologie –, le surcroît d’attention qu’ils ont attiré sur les animaux a encouragé de nombreux chercheurs au sein des sciences humaines et sociales – psychologie, sociologie, droit, études littéraires, etc. – à réévaluer la place de l’animal non-humain au sein de leur recherche, étudiant aussi bien l’un et l’autre dans leurs interactions avec les humains qu’en tant qu’objets intrinsèquement dignes d’intérêt. Cette tendance a eu un impact sur l’histoire. Alors que certains travaux significatifs ont été menés par Keith Thomas et Robert Delort au début des années 80, les dix dernières années ont été particulièrement productives, avec les six volumes de A Cultural History of Animals, édités en 2007 par Linda Kalof et Brigitte Resl, et en 2014 The Oxford Handbook of Animals in Classical Thought and Life, édité par Gordon Lindsay Campbell, pour n’en citer que deux dans la douzaine d’ouvrages collectifs majeurs sur le sujet. En plus de ces publications collaboratives, en 2013, le journal d’histoire de la philosophie History and Theory a consacré une section entière aux animaux dans l’histoire, alors que les années 2000 ont déjà vu plusieurs colloques consacrés au thème des animaux en histoire ancienne et médiévale [3], et 2016 en verra au moins trois autres [4].

Malgré l’importance de ces deux champs de recherche, il n’y a pas encore eu de publication explorant les implications pratiques et théoriques de l’étude des animaux en magie. Les études les plus complètes à l’heure actuelle sont deux thèses de doctorat encore inédites [5]. Le colloque proposé rassemblerait donc des experts internationaux pour réfléchir sur les animaux dans les textes et objets qu’ils étudient. L’attention sera focalisée sur le bassin méditerranéen de l’Antiquité au Moyen Age – une période et une région riches en sources textuelles et bien exploitées dans la littérature scientifique consacrée à la magie. Nous espérons que la large palette de spécialités impliquées – égyptologie, assyriologie, l’étude de la Grèce et de la Rome antiques, l’Antiquité tardive et Byzance, les études arabes et médiévales – engendrera de nouvelles connexions et idées. Malgré les traditions montrant clairement des liens entre les pratiques de la magie à différentes époques et dans différentes régions, les barrières établies entre les disciplines qui les étudient restent malheureusement trop souvent imperméables. Dans la mesure où nous cherchons à développer de nouvelles approches et méthodologies pour comprendre le rôle des animaux dans le système magique, nous espérons ouvrir le champ pour permettre aux idées d’être aussi larges que possible. De cette même manière, les participants seront invités à combiner les perspectives et approches des domaines émergeants de la recherche sur les animaux (anthropozoologie). Le concept de « magie » a été le sujet de débats considérables, avec de nombreuses études historiographiques et théoriques consacrées à sa définition. Bien que ces travaux ont permis de grandes avancées en affinant notre compréhension des problématiques clefs et en contrant de nombreuses tendances problématiques des études plus anciennes sur la magie antique, nous comprenons « magie » comme un concept culturellement spécifique, dont le sens au sein des sociétés occidentales modernes et leurs disciplines académiques a été construit sur les discours théologiques et idéologiques successifs. En conséquence, cela décrit non pas un objet d’étude clairement délimité, mais plutôt un ensemble de phénomènes proches de domaines comme la médecine, la divination, la religion et les sciences, également culturellement construits. Pour cette raison nous n’essaierons pas de donner une définition trop précise, permettant au contraire aux intervenants d’explorer le cœur ou les limites de la magie en tant que puissance surnaturelle : qu’il s’agisse d’envoûtements ou de prières, publics ou privés, licites ou illicites, de tentatives de pénétrer les secrets de l’univers et de pratiques de lecture de l’avenir, au travers de tirages au sort, de l’observation des omina et de l’astrologie, ou de la manipulation de l’univers par l’alchimie, comme par les autres « sciences occultes ». Ainsi, les intervenants peuvent choisir d’étudier les objets et rituels des praticiens de la magie et leur représentation dans la littérature, les craintes et les croyances populaires, et même la réception moderne de ces phénomènes. Nous espérons que cette ouverture nous permettra de comparer des matériaux similaires – envoûtements rituels privés et publics, cultes guérisseurs publics et charmes privés, par exemple – dont les similarités pourraient être cachées par une tentative trop restrictive de tracer les frontières de la magie. Parmi les sujets que nos intervenants pourront explorer se trouvent la position et les définitions de l’animal dans une vision magique du monde (animaux comme dieux, démons, familiers et autres types d’agents du rituel), ainsi que les différentes manière dont peuvent être tracées les séparations entre les types d’animaux (humain / non-humain, sauvage / domestique, poissons / mammifères / oiseaux / reptiles, réels / fantastiques). Une fois ces divisions établies, cependant, le caractère transgressif de nombre de pratiques magiques peuvent brouiller les limites et les intervenants pourraient explorer les transformations magiques : lycanthropie, envoutements qui transforment des ennemis en grenouilles ou cochons, ou procédures rituelles dans lesquelles des animaux sont imités par des humains ou des animaux créés pour intimider des humains. Cette imitation rituelle peut alors faire partie d’un modèle encore plus large, l’utilisation de l’animal comme symbole ou métaphore – outil magique, comme des assistants à tête animale, des charmes érotiques qui comparent la victime à un animal en chaleur, et ainsi de suite. Par contraste, on peut souhaiter vérifier l’impact sur l’histoire des animaux réels non-humains – individuellement ou collectivement – en tant qu’acteurs historiques, sujets et praticiens de la magie : les loups qui jettent le mauvais œil ou les animaux sacrés qui délivrent les oracles. D’autre part, des animaux peuvent être les objets de la magie : le bétail ou les autres animaux (chevaux de course, chiens de garde) peuvent être blessés par des sorts ou protégés par des amulettes ; les nuisibles et les prédateurs peuvent être tenus à distance par des charmes, et les animaux sauvages peuvent être victimes de charmes visant à les diriger vers les chasseurs. Même à la fin de leur vie, les animaux peuvent jouer un rôle au sein des pratiques magiques : leur mort ou leur corps mourant en tant que sacrifices ou ingrédients de fumigations, et des parties de leur corps portées en amulettes. Nous espérons que les intervenants pourront explorer tous ces sujets, et même davantage, en cherchant la trace d’animaux qui peuvent avoir été ignorés ou survolés lors de traitements précédents.

Notre objectif est de croiser l’histoire de la magie avec celle des animaux, afin de générer de nouvelles approches théoriques et mettant en évidence des problématiques non envisagées. À partir de ces deux domaines marginaux, nous espérons créer un matériel utilisable dans les disciplines plus larges auxquelles ils appartiennent : l’histoire et la zoologie. Toutes les communications seront enregistrées et disponibles en ligne, pour rendre notre travail aussi largement accessible que possible. Dans cette même démarche, nous inviterons les participants à publier leur recherche dans un volume d’actes.


 

The overlap of two marginal topics in history, magic and animals, may at first seem more marginal still, but the purpose of this conference is to demonstrate that from these vital margins we may find new perspectives on and understandings of ancient and medieval societies.

On the one hand, recent decades have seen increasing interest in magic and related topics: within the field of ancient Mediterranean studies a turning point for the study of magic was the publication of the corpus of Greek magical papyri by Karl Preisendanz and his collaborators (1928-1931). While the immediate impact of this publication was felt strongly be the 1950s, with important works by E.R. Dodds [1], A. Festugière [2], and others drawing upon this material, the last thirty years have seen a resurgence of interest, spurred in a large part by the publication of English translations of the papyri by Hans-Dieter Betz and his collaborators (1986). There has been a major international conference on the subject of ancient magic nearly every year since 1995, highlighting the richness of the field of magic studies for understanding ancient people’s conceptions of health and disease, of their relationships with each other and with superhuman beings, of the future, and even of the workings of the universe. Recent research has increasingly sought out new theoretical perspectives, focusing on the relationship between religion, ritual on magic, on issues of cross-cultural contact, and on questions of materiality.

Similarly, animals have recently become important as subjects of history as part of the overall “animal turn” which has developed within several academic disciplines. Much of this interest stems from two works – Peter Singer’s Animal Liberation (1975) and Jacques Derrida’s L’Animal que donc je suis (2006). While these were works of philosophy – the first ethics, the second epistemology, the increased attention they have brought to animals has encouraged several academics within the humanities and social sciences – psychology, sociology, law, literary studies, and so on – to re-evaluate the place of non-human animals within their research, studying them both in their interactions with humans and as worthy objects of inquiry in themselves. This trend has not left history untouched; while some significant work was done by Keith Thomas and Robert Delort in the early 1980s, the last ten years has been particularly fruitful, with 2007’s six-volume A Cultural History of Animals, edited by Linda Kalof and Brigitte Resl, and 2014’s The Oxford Handbook of Animals in Classical Thought and Life, edited by Gordon Lindsay Campbell, to name only two of over a dozen important collections. In addition to these collaborative publications, 2013 saw the journal of the philosophy of history, History and Theory devote an entire issue to animals in history, while the 2000s have already seen several conferences devoted to the theme of animals in medieval and ancient history [3], and 2016 will see at least a further three [4].

Despite the growing importance of these two fields of inquiry, there have been no publications or conferences devoted to exploring the practical and theoretical implications of the study of animals in magic; the fullest studies to date consist of two unpublished doctoral theses [5]. The proposed conference would invite international experts to reflect upon animals in the texts and artefacts they study. The focus will be on the Mediterranean from Late Antiquity to the Middle Ages – a period and region with rich textual evidence and a well-developed body of scholarly literature on magic to draw upon. Nonetheless, scholars who work upon earlier or later material, or other regions, may also be invited if it seems that their research will interact well with the other speakers and the conference theme. We hope that the breadth of specialisms that this will involve – Egyptology, Assyriology, the study of ancient Greece and Rome, Late Anqituity and Byzantium, Arab and Medieval studies – will better enable us to forge new links and insights that might be missed by viewing only a part of the picture. Despite the clear traditions of transmission linking the practice of magic in the different periods and geographical locations studied in these disciplines, disciplinary boundaries often create an impediment to accessing insights generated by other scholars. As we seek to develop new approaches and methodologies for understanding the role of animals within magical systems, we hope to draw upon a broad base to allow insights to be as far-reaching as possible.Similarly, participants will be invited to integrate perspectives and approaches from the emerging animal studies fields – anthrozoology, human-animal studies, critical animal studies. The idea of ‘magic’ has been the subject of considerable debate in recent decades, with many historiographical and theoretical studies devoted to refining definitions. While these works have made great strides in refining our understanding of the key issues, and countering many of the more problematic trends of earlier studies of ancient magic, we understand ‘magic’ to be a culturally-specific concept, whose meaning within modern western societies and their academic disciplines has been constructed according to successive theological and ideological discourses. As a result, it describes not a clearly delineated object of study, but instead a set of phenomena which are contiguous to the (equally culturally constructed) domains of medicine, divination, religion, and science. For this reason we will not attempt to provide a rigorous definition, instead allowing participants to explore the centre or the boundaries of magic as they understand them. This may include rituals believed within their culture to have supernatural power – whether these were curses or prayers, public or private, illicit or licit; attempts to penetrate the secrets of the universe and practices for learning the future, through the observation of sortition, omina, and astrology; the manipulation the universe through alchemy, as well as the other ‘occult sciences’. Similarly, participants may choose to study the artefacts and rituals of practitioners of magic, their representation in literature, popular fears and beliefs, or even the modern reception of these phenomena. We hope that the breadth will permit us to compare similar material – private and civic curse rituals, public healing cults and private charming, for example – whose similarities might be hidden by more restrictive attempts to draw the boundaries of magic. Among the topics our participants may explore are the position and definitions of animals within magical worldviews – animals as gods, demons, familiars, and other types of ritual agents, as well as the different ways in which the divisions between types of animals (human-non-human, wild-domestic, fish-mammal-bird-reptile, real-fantastical) might be drawn. Once these divisions are established, however, the transgressive character of many magical practices may blur the boundaries, and participants may with to explore the ideas of magical transformations – lycanthropy, curses which turn enemies into frogs or pigs, or ritual behaviour in which animals are imitated by humans, or animals are made to imitate humans. This ritual imitation may then be part of a still larger pattern, the use of animals as symbols or metaphors – magical tools such as animal-headed staffs, love spells which compare victims to animals in heat, and so on. By contrast, we may wish to look at the impact on history of real non-human animals – individually or collectively – as historical actors, subjects, and practitioners of magic: wolves who cast the evil eye, or sacred animals who deliver oracles. On the other hand, animals may be the objects of magic – livestock or other working animals (racehorses, guard dogs) might be harmed with curses or protected by amulets; pests or predators might be kept at bay by charms, and wild animals might be the victims of spells intended to draw them to hunters. Even at the end of their lives animals may play a role within magical practices – their dead or dying bodies as sacrifices, as ingredients in fumigations, and their body parts worn as amulets. We hope that participants will explore all of these topics, and more, as they look for the traces of animals which may have been ignored or skimmed over in earlier treatments.

As the first conference of its kind, our goal is to break new ground in both the histories of magic and of animals, generating new theoretical approaches and highlighting unforeseen issues. From these two often marginal areas we hope to generate material which will be of use to the broader disciplines within which they lie – history and animal studies. All conference presentations will be recorded, and made available online, to make our work as broadly available as possible. Similarly, we will invite participants to publish their contributions in an edited volume, the first collection to focus on the question of animals in magic.


  1. E.R. Dodds, The Greeks and the Irrational (Londres, University of California Press, 1951).
  2. R.P. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, 4 vols. (Paris, J. Gabalda, 1950-1954).
  3. Man and Animal in Antiquity (Swedish Institute in Rome, 2002) ; Le médecin initié par l’animal (Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 2005).
  4. L’animal et l’homme (11-16 avril, Rouen) ; 1st International Symposium on Animals in Ancient Egypt (1-3 juin, Lyon) ; The Animal Turn in Medieval Health Studies, International Medieval Congress (3-7 juillet, Leeds); Animals at Court (8-10 décembre, Munich).
  5. Martin Sicherl, Die Tiere in der Griechisch-Aegyptischen Zauberei, hauptsächlich nach den griechischen Zauberpapri (Charles University in Prague, 1937); Thomas Galoppin, Animaux et pouvoir rituel dans les pratiques « magiques » du monde romain (EPHE, 2015).

 

Labex_Resmed_Logo_petit-2  Label IA_100mm    CNRScolour      IRHT      Logo_UMR

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s